La violence colonisatrice.Commentaire du Chapitre De la violence extrait des Damnés de la Terrre
Fanon (F.), Les Damnés de la Terre, Edition Maspéro, 1962.
Frantz Fanon né en 1925 à Fort de France et mort en 1961, ancien psychiatre antillais, militant de l’indépendance algérienne au sein du FLN est non seulement l’auteur de cet ouvrage mais il est aussi l’auteur de Peaux Noires, masques Blancs paru aux Editions Le Seuil en 1952 ainsi que de l’An V de la révolution algérienne paru aux Editions la Découverte en 1959 et Pour la révolution Africaine publié en aux Editions La Découverte.
Sa pensée anticolonialiste se résume en ces termes : violence racisme libération thème auxquels il fait référence dans ces écrits tel que dans Les Damnés de la Terre tel que de nombreux auteurs anticolonialiste à l’image de Paul Gilroy.
Préfacé par Jean-Paul Sartre auteur de l’Etranger, Les Damnés de la Terre écrit par Frantz Fanon, publié en 1961 aux Editions Maspéro dans un contexte de violence coloniale avec la guerre d’Algérie est un livre qui a marqué son époque et immortalisé son auteur en ce sens qu’il a servi et qu’il sert de références au militants anticolonialiste.
Dans la nouvelle édition datant des années 2000, l’auteur de la préface Alice Chekbi psychiatre et psychanalyste, auteur du portrait de Frantz Fantz fanon ainsi que Mohammed Harbi combattant pour la libération de son pays nous montre l’actualité de la pensée contemporaine de Frantz Fanon.
Dans son ouvrage, Frantz Fanon analyse non seulement le traumatisme du colonisé dans le cadre du système colonial mais aussi son projet utopique d’un Tiers-monde révolutionnaire porteur « d’un homme neuf ».
Frantz Fanon fustige le modèle colonial en ce sens qu’il en fait une critique officielle dans son œuvre au travers de ses propos critique de la colonisation.
Frantz Fanon pense « la violence » [1]du colonisateur et du colonisé. Frantz Fanon traite de la question de la violence dans son premier chapitre tant à l’ère de la colonisation par les occidentaux qu’au cours du processus de décolonisation. Il fait référence aux guerres de libérations ainsi que de l’assimilation culturelle de l’intellectuel colonisé.
Frantz Fanon se penche également sur la question relative aux contradictions inhérente à l’ère postcoloniale en Afrique.
Nous étudierons le premier chapitre de l’œuvre de Frantz Fanon intitulé « De la violence » qui recouvre la page 5 à 53 extrait de son ouvrage Les Damnés de la Terre.
Analyse du Chapitre De la violence :
Selon le commentaire de Jean-Marie Domenach[2], Frantz-Fanon appréhende la violence de la colonisation de la décolonisation de façon brutale.
En effet, dans ce chapitre, Frantz Fanon n’hésite pas à faire le constat de la violence du processus de colonisation puisque selon l’auteur la colonisation consiste « à remplacer une espèce d’hommes par une autre espèce d’hommes. Sans Transition, il y a substitution totale, complète et absolue.» Dans ces phrases Frantz Fanon nous rapporte l’inévitable transformation sociale qui se produit à l’issu de l’exercice de la violence par les colons lesquels remplacerons les colonisés sur le territoire dans lequel il vivent.
L’affirmation de l’auteur se rapproche de l’idée d’éradication d’un peuple, d’une culture des identités d’un pays dans un ordre colonial et mondiale qui fait désordre tant au niveau de la colonisation que de la décolonisation.
Nous définissant la décolonisation, l’auteur souligne la volonté des colonisés de faire « tabula rasa » du système colonial. L’auteur note les conflits surgissant par la rencontre deux ordres en ce sens que d’une part Frantz Fanon note l’exploitation du colonisé par le colon qui soumet le colonisé en usant de la force comme l’auteur le précise à la page 6 du livre.
En cela, Frantz Fanon illustre les contradictions entre colonisés et colons en faisant référence au système de l’Apartheid en Afrique du Sud qui se définit comme un système de ségrégations raciales consistant à séparé le colon du colonisé, le Blancs du Noir[3] en faisant du la distinction des villes noirs des villes blanches. Ce procédé marque la différenciation et la discrimination du colons par rapport aux colonisés pour la seule raison que le colonisé En l’espèce, en se reposant sur les propos de Frantz Fanon nous pouvons qualifier ce phénomène de « ségrégation violente » contrairement à la « ségrégation tranquille » de l’Algérie comme la définit Jean-Paul Monferrand[4].
Frantz Fanon fait référence à une espèce de classe dirigeante qui affirme leur suprématie par la violence dans le cadre de la colonisation.
Comme le souligne Jean-Marie Domenach, Frantz Fanon nous livre une « vision manichéenne de la colonisation » dans lequel le monde colonial ne rejoint en rien l’universalisme. En effet, le monde colonial diverge de la volonté de constituer des identités communes fondées sur l’égalité absolue des uns et des autres.
Selon Jean-Paul Sartre dans sa préface, « la violence coloniale ne se donne pas seulement pour but de tenir en respect ses hommes asservis, elle cherche à les déshumaniser. Rien ne sera ménagé pour liquider leur tradition, liquider nos langues aux leurs, pour détruire notre culture sans leur donner la notre : on les abrutira de fatigue. Dénourris, malades, s’ils résistent encore la peur terminera le job : on braque sur le paysan des fusils : viennent les civils qui s’installent sur sa Terre et le contraignent par la cravache à la cultiver pour eux ». Les propos de Jean-Paul Sartre nous montre le caractère inhumain de la violence coloniale laquelle comme le précise par la suite Frantz Fanon engendre une « déshumanisation » du colonisé lequel est non seulement stigmatisé par son identité étrangère mais aussi dominés par la force par l’européen. En ce sens l’image du colonisé est celui de l’oppresser qui est opprimé par l’oppresseur.
Les rapports entre colons et colonisés sont des relations de domination, de supériorité et d’autorité construite sur le modèle de la force qui ne permette pas de faire naître des rapports sociaux ayant un sens qui produirait un sens, un message entre deux être différents. C’est d’ ailleurs ce qu’a précisé Aimé Césaire dans son discours sur le colonialisme en 1950: « entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie des élites décérébrées, des masses avilies. Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l’homme colonisateur en pion en adjudant, en garde-chiourme, en chicote et l’homme indigène en instrument de production ».
Selon l’auteur, le colon nie l’identité du colonisé lequel s’assimile intellectuellement et culturellement au colonisateur qui exploite le colonisé sur le plan culturelle et économique. C’est en ce sens que Frantz Fanon pense le monde colonial.
Frantz Fanon qualifie les occidentaux colonisateurs de « profiteurs » profitant de leur couleur de peau pour exploiter les ressources humaines, culturelles et économiques du pays colonisé. L’auteur l’explique en ces termes : « aux colonies, l’infrastructure économique est également une superstructure. La cause est conséquence : on est riche parce que blanc, on est blanc parce que riche ».
C’est en ces termes que Frantz Fanon désigne ce phénomène de « pillage » qui marque le retour au Moyen-Age c’est-à-dire à l’époque de conquête et d’extraction des ressources se trouvant dans les pays étrangers au monde occidental.
A travers les mots suivant, Frantz Fanon nous rappelle « la violence qui a présidé à l’arrangement du monde colonial qui a rythmé inlassablement la destruction des formes sociales indigènes, démoli sans restrictions les systèmes de référence de l’économie, les modes d’apparence, d’habillement sera revendiqué et assumé par le colonisé au moment ou décidant d’être l’histoire en actes, la masse colonisée s’engouffrera dans les villes interdites. Faire sauter le monde colonial est désormais une image d’action très claire, très compréhensible et pouvant être repris par chacun des individus constituant le peuple colonisé ».
En l’espèce ce paragraphe traduit l’idée défendue par l’auteur selon laquelle le colonisateur assume la responsabilité de ses actions violentes et d’assujettissement du colonisé dans l’ordre colonial occidental.
En cela, Frantz Fanon par cet intermédiaire souligne la responsabilité des colons dans les actes de persécution. Les colons assument donc la violence qu’ils exercent sur les colonisés.
L’auteur marque la « sauvagerie » de l’agressivité des colonisés désirant affranchir la masse intellectuelle africaine au système colonial sachant que le potentiel intellectuel est détenu par la bourgeoisie nationale capitaliste urbaine qui non seulement n’ont pas de lien avec la masse populaire rurale mais qui aussi se méfie du peuple prolétaire revendiquant la libération et l’indépendance du pays aux mains des occidentaux.
Ce phénomène facteur de désordre économique est caractéristique de la rencontre de deux ordres conflictuelles le monde des colonisés et celui de la masse populaire se mobilisant en contestation au système coloniale au sein duquel le colonisé est poursuivit par les baïonnettes.
Selon Frantz Fanon, la mobilisation populaire constitue la seule alternative en réponses à la violence du colonisateur.
En effet, ce dernier précise[5] : « seule la violence exercée par le peuple, violence organisée et éclairée par la direction permet aux masses paysannes de déchiffrer la réalité sociale, lui en donne la clef. »
Sans se faire « apôtre » de la violence », Frantz Fanon semble légitimer la violence sur le versant occidentale dans le sens ou celui-ci nous décrit la violence du colonisateur comme un acte inhumain alors que selon Frantz Fanon celle du colonisé est pensée intellectuellement.
La description de Frantz Fanon de la violence du coté des colons transite autour les fusillades. La décolonisation est donc signe de désordre.
A contrario la colonisation non seulement est signe d’ordre mais aussi elle permet de résoudre la crise.
Les faits décrits par l’auteur renvoient à l’esclavagisme des temps derniers.
L’auteur explique son constat en se référant aux meurtres de Schaparville d’hommes et femmes ayant abordés le problème de l’Apartheid.
L’exemple choisi par Frantz Fanon illustre le caractère violent de la colonisation des colonisateurs envers les colonisés qui sont asservis sur le territoire colonisé.
Selon l’auteur faire appel à la violence parait inévitable que ce soit du coté de la violence en région coloniale de la part des colons que celle de la contre-violence produite par les colonisés en ce sens que « la violence suscite la violence » en situation de crise
En effet, l’auteur souligne que la violence des colons s’accompagne de la réponse des colonisés formulés au travers de la rébellion laquelle se traduit par l’expression de la violence extrême pleinement présente.
A la fin de ce chapitre Frantz Fanon nous rappelle la vision des colonisés au regard des colons.
Il reprend la théorie qu’il a développée dans son ouvrage Peau Noir, Masque Blanc selon laquelle le colonisé représente le mal absolu.
L’auteur défend toutefois le peuple colonisés puisqu’il nous démontre le caractère unificateur de la violence du peuple colonisé qui se constitue en masse pour revendiquer la libération de leur pays alors que les actions violentes du colon sont dégradants et caractérise la volonté du colonisateurs de renforcer leur position de supériorité face aux colonisés.
En ce sens, Frantz Fanon neutre dans ses propos ne condamne pas la violence.
Il constate que la violence est présente tant dans le processus de colonisation que de décolonisation. La violence est caractéristique de toutes conquêtes sur un peuple ou de toutes tentatives et revendication de libération. La violence apparaît non seulement comme un moyen de défense que d’affirmation de sa légitimité.
En conclusion, dans ce chapitre, à l’image de son homologue Albert Memmi[6] Frantz Fanon nous peint le « Portrait du colonisé et du colonisateur » nous précisant que le colonisé se trouve souvent en position de celle de « L’Homme dominé » opprimer par le colonisateur.
Il nous précise le fait que la colonisation européenne le « mal absolu » en ce sens qu’elle a générer du désordre et l’instabilité politico-économique dans les pays colonisés même si la violence dans la processus de colonisation permet de faire naitre un nouveau monde, un nouvel ordre dans les pays conquis.
[1] Fanon (F.), Frantz Fanon : « inventeur d’âmes », in l’Humanité du 5 septembre 2000.
[2] Domenach (J-M), « Les Damnés de la Terre II », in Revue Esprit, chronique avril 1962.
[3] Fanon Frantz, Peaux Noirs Masques Blancs, Edition le Seuil, Collection Points, 1952, pages 35-53 et 53-69.
[4] Monferrand (J-P), « Frantz Fanon : « inventeur d’âmes », in l’Humanité, 5septembrez 2OOO, page 2.
[5] Bagoudou (M.), Detcoeuf (A.), Briatte (F.), « Frantz Fanon : Les damnés de la Terre », Conférence méthode d’Yves Surel , in Documents, Problème du Monde Contemporain, 200, page 2.
[6] Memmi (A.), Portrait du colonisé, Portrait du Colonisateur, Edition Gallimard, Collection folio actuel, page 10.