Le pouvoir.
Le Pouvoir : Instrument de Domination ou de
INTRODUCTION
«Protecteur de l’ordre social, le Pouvoir en est tout autant l’agresseur, et avec la complicité de tous : pour tout faire, comme on l’attend de lui, ne faut-il pas qu’il puisse tout.» [1]
Cette phrase de Bertrand de Jouvenel révèle l’ambiguïté de la conception du pouvoir. Le pouvoir est-il un instrument de domination ou de service? Cette question ne permet pas de définir le pouvoir en lui-même, elle permet seulement de dégager les deux finalités qui s’y rattachent.
En effet, dans son acception première, le pouvoir dérive du latin « potesta » ou « potentia » venant du verbe « potere » .Ces termes latin se rapportaient à l’idée d’aptitude, être capable. D’ailleurs, pour les romains « potentia » signifiait d’une façon générale la capacité d’une personne ou d’une chose à affecter autrui. Mais, dans une perspective plus politique « potesta » se référait aux aptitudes particulières qu’avaient les gens qui communiquaient et agissaient ensemble. Cette approche politique s’assimile de notre définition actuelle du pouvoir même si ce concept intégrant le discours politique est appréhendé et utilisé différemment par les analystes. Cependant, ces derniers s’accordent pour rapprocher le pouvoir de la faculté et la possibilité dont un ou plusieurs individus ou groupes d’individus disposent pour appliquer, faire accepter, faire exécuter ou imposer des décisions à un ou plusieurs individus ou groupes d’individus. Ainsi, le pouvoir se caractérise comme la capacité d’exercer sur d’autres une domination telle qu’on obtient d’eux des actes ou des comportements qu’ils n’adopteraient pas seul spontanément. Mais, le pouvoir n’est pas la puissance. La puissance constitue la possibilité de faire triompher sa propre volonté contre les résistances éventuelles quels qu soient les moyens utilisés, le pouvoir désigne la capacité d’agir sur des personnes, des volontés. Il met de l’ordre dans les comportements humains permettant d’obtenir des individus certain type d’actes qu’il n’exécuteront pas d’eux-mêmes en vu de servir la société ou le groupe. Saint Thomas D’Aquin, théologien et philosophe du treizième siècle approuve cette vision du pouvoir pour justifier la domination dans la Somme Théologique.
La Somme Théologique ouvrage divisé en articles. Il examine différentes questions dont celle du pouvoir. Il s’interroge sur l’essence du pouvoir, sa nature, sa signification et la manière de l’exercer. Selon Saint Thomas D’Aquin, la domination se justifie si ceux qui l’exercent dispose de certaines qualités leur permettant d’assurer le bien commun. En ce sens, la domination n’est possible qu’à certaines conditions afin de favoriser la stabilité entre les différents buts du pouvoir.
Dès lors, la question se pose de savoir dans quelle mesure est-il possible de trouver un équilibre entre les deux déclinaisons du pouvoir: la domination ou le service.
L’intérêt du sujet consiste à dégager la nature du pouvoir, sa valeur et la nécessité de son existence pour déterminer ses finalités. Il s’agit d’apporter une définition précise du pouvoir pour démontrer la complexité pour l’appréhender. En effet, la détermination des sources du pouvoir est sujette à de nombreuses controverses (I) qui coïncident avec l’existence d’une frontière fragile entre les deux principaux objectifs du pouvoir : dominer et servir (II).
I. LES CONTROVERSES LIEES AUX SOURCES DU POUVOIR
La subordination constante d’individus sur d’autres a suscité de nombreuses interrogations qui ont permises d’élaborer différentes conceptions relative à l’essence du pouvoir (A) afin de justifier l’exigence de légitimé naturellement son existence. (B)
A) LES DIFFERENTES CONCEPTIONS DE L’ESSENCE DU POUVOIR
Tout d’abord, Saint Thomas D’Aquin le pouvoir s’inscrit dans la nature des choses.
Dans un premier temps, la nature du pouvoir découle de son caractère transcendantal et absolu du fait de son origine divine. Le Pouvoir peut être qualifié comme un concept, une idée préexistant. Le Pouvoir, selon Saint Thomas D’Aquin, aurait existé avant le péché originel même si l’homme était resté dans un état de perfection naturelle. Le péché originel constitue seulement la nécessité de coercition c'est-à-dire que le pouvoir n’est pas une conséquence du péché. Il existe avant l’expérience qu’en font les hommes en l’exerçant. Il constitue un concept de valeur supérieur qui existe et s’impose au sein de la société par la nature des choses. D’ailleurs, selon la philosophie païenne d’Aristote, Dieu à créer l’homme à son image, il leur a donner la capacité de diriger et de guider la société vers le bien commun. L’exercice du pouvoir dans la Citée doit donc être identique à celui de l’univers divin vivant de façon harmonieuse. Les hommes doivent inscrire leur cité dans cet univers harmonieux. En cela, ils doivent de façon naturelle utiliser le pouvoir pour que la cité soit en harmonie comme l’univers est en harmonie. Ainsi, Aristote et Saint Thomas D’Aquin soulignent que ‘identité des détenteurs du pouvoirs n’a pas d’importance. L’existence du pouvoir ne dépend pas de facteurs mineurs tels que la personnalité, le temporel et de la manière de l’utiliser mais de la conception qu’on se fait de la Citée. Selon Saint Thomas D’Aquin, le pouvoir appartient à quelconque expert qui pourra diriger et guider la société vers le bien commun. Selon Saint Thomas D’Aquin la société est par nature bonne et le pouvoir permet de préserver cette qualité. Saint Thomas D’Aquin. C’est pour cela qu’il apporte dans un second temps une explication sociale de son existence. Saint Thomas D’Aquin inspiré du livre premier de La Politique d’Aristote déduit l’existence du pouvoir du fait de la nature des choses. Il pose le principe que l’homme est un animal social avant d’être un homme politique. Il fait l’hypothèse de l’existence d’une sorte état de nature caractérisé par la vie solitaire des individus. Il n’y aurait pas d’interaction sociale entre les hommes chacun n’étant occupé qu’à réaliser sa propre fin et ne respectant que ses propres règles. En cela,les individus s’émancipent dans un monde ou ils restent absolument indépendants et égoïste. En ce sens, l’esprit communautaire n’est pas immédiat et la somme des fins particulières ne permet pas de créer une fine commune. Ainsi, la mise en œuvre d’une fine commune dépend de la constitution d’un peuple en société. Selon Saint Thomas D’Aquin la vie en société est par nature bonne. Cela, favorise l’agrégation de ces biens propres pour n’en faire qu’un seul. Mais, la régulation de cet égoïsme dépend de l’existence d’une autorité qui détient le pouvoir et mettant en œuvre le bien commun. Le pouvoir a donc une signification sociale naturelle. Saint Thomas D’Aquin ne se fonde pas seulement sur l’origine divine du pouvoir mais aussi sur la raison des individus.
Ensuite, nous pouvons noter q’a la fin du dix-huitième siècle les théoriciens des Lumières ont contredit Saint Thomas D’Aquin en prônant la création d’un pouvoir artificiel.
En premier lieu, la théorie du pouvoir artificiel est explicitement évoquée chez Hobbes. Sa théorie est fondée sur un paradoxe apparent. En effet, il souligne l’amour des hommes de la liberté c'est-à-dire la possibilité de faire ce qui leur plait et d’exercer un pouvoir sur les autres. Toutefois, ils organisent leur vie en société. Ainsi, en créant cet ordre social il s’impose l’existence d’un pouvoir artificiel permettant de réguler leur désir de domination et de liberté auxquelles ils aspirent en ce sens qu’ils sont foncièrement mauvais.
En cela tous doivent aliéner leur liberté à un homme ou à un ensemble. Tous les hommes doivent donc abandonner le droit de décider eux-mêmes à faire quelque chose pour le confier à un autre qui prendra donc les décisions à leur place. Li s’agit de renoncer au droit naturel de se conduire soi-même selon son bon plaisir et sa raison. Mais, selon Hobbes chacun doit pouvoir assumer les décisions prises par cette autre ou par l’assemblée. Chacun doit pouvoir se reconnaître en elle et doit pouvoir faire comme si elle était l’auteur de la décision. Ainsi il s’agit de constituer une seule et même personne. Cette théorie s’oppose à celle de Saint-Thomas d’Aquin et d’Aristote. Les hommes ne sont pas maîtres du pouvoir. De même l’existence du pouvoir suppose l’abstraction des volontés particulières alors que chez Saint-Thomas d’Aquin et Aristote les volontés particulières et les biens propres favorisent l’existence d’une conscience collectif sans que les hommes aient besoin de renoncer à leur liberté comme c’est le cas dans les théories de Thomas Hobbes et de Jean Jacques Rousseau.
En second lieu, Rousseau prône également l’existence d’un pouvoir artificiel central du contrat social qui se rattache à l’idée que le gouvernement légitime est de l’homme est complètement bouleversée par le passage de l’état de nature à l’état de société. En cela, l’homme est bon et la société est mauvaise. Ce postulat montre donc la nécessité de créer un nouvel ordre social. Dans cette théorie de Rousseau le pouvoir n’existe pas à l’état de nature, il s’impose par la création de la société.
Ainsi, contrairement à ce que pense Saint-Thomas d’Aquin, le contrat social suppose que le pouvoir découle du peuple mais qu’il ne le maîtrise pas. Il faut noter dans cette conception du pouvoir que l’homme doit renoncer à sa liberté au profit de la communauté. Le bien commun n’existe pas. Cela signifie que personne ne donne à personne. Chacun s’affranchit de tous, les hommes aliènent leur liberté. Chacun décide librement de faire des lois auxquelles on obéit puisqu ‘elles sont issues de la volonté générale. La légitimité du pouvoir est également artificiel alors que selon Saint Thomas D’Aquin le pouvoir se justifie naturellement.
B) L’EXIGENCE DE LEGITIMITE NATURELLE DU POUVOIR
Dans un premier temps, le pouvoir se caractérise par le besoin de dépendance entre la communauté et les détenteurs du pouvoir.
Tout d’abord, le besoin de dépendance se justifie par la nécessité d’organiser les relations humaine afin d’intégrer tout les individus au sein d’une communauté. La réalisation de cet objectif permettra d’assurer et de protéger l’ordre social. Ce caractère est indispensable pour tendre vers une vie harmonieuse dans la Citée. En effet, cette dépendance contribue à établir un sentiment de vivre ensemble, à instaurer l’ordre et la survie de la société. En effet, le pouvoir fonde et garanti des droits et des devoirs, la sécurité et la liberté des citoyens. Il met en place la société civile et l’enracine dans la durée. Il régule et unifie la société en arbitrant et en harmonisant les intérêts des citoyens rendant possible la coexistence pacifique. Cette obligation de protéger l’ordre social constitue un avantage non seulement pour les assujettis au pouvoir mais aussi pour ceux qui expriment leur volonté. Ce rapport de dépendance permet ainsi de créer un pouvoir collectif. En ce sens,le pouvoir ne reflète pas seulement une situation d’autorité ni un attribut mais aussi une relation de réciprocité entre ceux qui obéissent et les détenteurs du pouvoir. Cette relation de réciprocité suppose qu’il existe un échange entre ces acteurs. D’ailleurs, le pouvoir correspond à la capacité d’agir commun comme l’a souligné Hannah Arendt dans cette citation :"Le pouvoir correspond à l'aptitude à agir de façon concertée"[2]. En cela, le pouvoir est assimilé au peuple et l’autorité à l’élément qui permet de concentrer le pouvoir indivis c’est a dire collectif du peuple. D’ailleurs, cette expression latine de Cicéron marque cette distinction : « Potesta in populo, auctoritas in senatu [3]». L’autorité qui suit le pouvoir est donc immanente et légitime. Toutefois, cette légitimité ne peut s’opérer que par le respect du pouvoir central.
Dans un second temps, l’autorité doit préserver la liberté des individus et se justifier par la nécessité sociale de servir le pouvoir collectif.
Au vu de ce que nous avons vu précédemment, le pouvoir ne supprime pas la liberté des individus mais au contraire il l’a suppose pour être possible.
Selon Hannah Arendt, l’importance de la fondation dans laquelle s'enracine l'autorité: l'autorité empêche de tout oser: elle lie le politique dans le temps puisque la fondation du pouvoir est née du rassemblement d'hommes égaux, dune liberté partagée. D’ailleurs, l’autorité impose l’obéissance acceptée sans contrainte, respectant ainsi la confiance et le respect que le peuple lui a accordé en la reconnaissant. La violence doit être exclut de telle sorte que la volonté du peuple doit absolument être ce que veut l’autorité. Le pouvoir de prestige niant toute agression consiste donc à laisser le choix aux individus. C’est pourquoi certains auteurs parlent de servitude volontaire[4]. Mais, nous nous bornerons à parler de relativité de l’obéissance qui permet de faire naître et de préserver la liberté de conscience des individus. En l’espèce, nous retrouvons l’idée selon laquelle le pouvoir dépend de la nécessité sociale de servir la communauté.
La liberté partagée entre les individus et les détenteurs du pouvoir conditionne la nécessité de servir pour assurer le bien commun tant pour l’un que pour l’autre.
Cela s’explique par l’interdépendance découlant de l’existence de deux pôles d’action. Le pouvoir vient du peuple même s’il est entre les mains d’une autorité. Il existe alors le pouvoir « dans » correspondant à celui du peuple qui s’attend à ce que l’autorité agisse sur la société pour la servir. D’ailleurs, Platon souligne la bienfaisance qu’apporte le pouvoir au peuple dans cette phrase « dominer c’est installer le maître au-dedans des sujets. Le maître habite en notre cœur. Nous croyons qu’il n’est rien de plus avantageux à chacun d’être gouverner par un être divin et sage et que ce même maître habite au-dedans de nous-même[5], ce qui serait le mieux, soit au moins qu’il gouverne au dehors afin de réussir au même régime nous devenions tous semblable et amis dans la mesure du possible ». En l’espèce, Platon évoque la relation qu’il existe entre la nécessité sociale de dominer pour atteindre l’objectif de servir en vue du bien commun. Ce pouvoir permettra de vivre bien pour connaître le vrai. Il apporterai la béatitude et la jouissance des individus et leur assurerait une vie vertueuse éternellement. Cela ne pourrai pas se produire sans l’existence d’un pouvoir absolu et naturel ayant pour but de servir la communauté.
L’existence du pouvoir est indéniable quelque soit sa source. Il se complait dans la domination pour servir la communauté. La proportion de l’un et l’autre est très variable mais les deux coexistent toujours. Toutefois, nous pouvons constater la fragilité de la frontière séparant ses deux finalités
II. LA FRONTIERE FRAGILE ENTRE LES DEUX PRINCIPALES FINALITES DU POUVOIR: SERVIR ET DOMINER
SelonSaint Thomas D’Aquin, le pouvoir a pour finalité de servir. Toutefois, il apparaît difficile de ne pas basculer dans un pouvoir de domination (A’). Ainsi, l’objectif premier ne peut se vérifier que par l’appréhension des déclinaisons de la mission de service du pouvoir. (B’)
A’) LA DIFFICULTE DE NE PAS BASCULER DANS UN POUVOIR DE DOMINATION
Tout d’abord, la domination dans l’exercice du pouvoir peut s’exprimer par la confusion entre intérêt général et bien commun.
Dans un premier temps, nous pouvons souligner que l’exercice du pouvoir peut facilement dérivé vers la domination du fait de la confusion entre l’intérêt général et le bien commun. Selon Machiavel, la politique doit être étrangère par rapport à la morale ordinaire. Ainsi, il distinguer la morale et la politique en se fondant sur la théorie de la raison d’Etat. La politique s’émancipe donc de la tutelle de la morale. Le politique passe devant la valeur puisque le rôle des pouvoirs est de mettre en exergue la fin de l’Etat pour le préserver. Le dirigeant doit se faire obéir c'est-à-dire se faire craindre et se faire aimer pour réguler les aspirations mauvaises des individus, instaurer l’ordre social et assurer l’intérêt général.
Le pouvoir se matérialise. Il s’incarne dans une institution : l’Etat. Un espace public se développe si bien que le pouvoir cesse d’appartenir à ceux qui le représentent pour devenir une chose publique. Le pouvoir est complètement désacralisé. Il n’est ni d’origine divine ni naturelle. L’intérêt de l’Etat prime sur la société. Au contraire, selon Saint Thomas D’Aquin, le bien commun est primordial, il passe par les individus et conditionne l’ordre dans la société.
Cette affirmation montre la difficulté é de ne pas tomber sous le joug d’un pouvoir tyrannique. D’ailleurs, nous pouvons nous référer à l’exemple d’Antigone de Sophocle. Dans cette pièce de théâtre, Créon le souverain qui incarne l’autorité proclame une loi injuste en interdisant d’enterrer Polynice le frère d’Antigone. Il justifie son action en se fondant sur la raison d’Etat. Polynice s’est battu contre sa patrie alors il ne doit pas être ensevelit dans son royaume .Cette loi n’est pas prise sur un fondement objective mais subjective. Elle trouve son origine dans la volonté humaine et non dans ce qui existe dans la réalité. Ainsi, il peut exister une forme d’injustice dans l’application de cette loi puisqu’elle découle de la volonté individuelle de homme et lui permet d’agir selon son bon plaisir. En l’espèce c’est sur la force et que Créon assoit son pouvoir[6]. Il incarne le pouvoir et peut l’utiliser comme il l’entend et pour dominer.
Ensuite, pour éviter cette domination Saint Thomas D’Aquin prône la nécessité d’encadrer le pouvoir. Selon Saint Thomas D’Aquin, le pouvoir est conditionné par la recherche du juste et de la sagesse. Cette nécessité est intrinsèque à l’aboutissement du ben commun. Le juste et la sagesse permet d’établir un équilibre dans l’exercice du pouvoir. Au contraire, la démesure conduit à la dérive du pouvoir vers la tyrannie et l’anarchie. La raison doit jouer un rôle important dans l’édiction des règles. Toute lois injustes serait irrationnelles. Saint Thomas D’Aquin estime les lois irrationnelles établis par ses tyrans plus soucieux d’eux-mêmes que de la communauté ne s’impose pas obligatoirement. D’ailleurs, il est méritoire de renverser ce type de gouvernement .Mais Saint Thomas D’Aquin ajoute dans la Somme Théologique qu’au cas ou le désordre et le scandale que résulterai du renversement du tyran, il est préférable que la communauté ne se révolte s’abstenant ainsi d’engendrer plus de mal et de créer le trouble. Cette absence de juste et de sagesse conduirait à perturber la nature des choses et à verser vers le chaos. Nous pouvons reprendre en exemple de loi proclamé par Créon. Il s’approprie le pouvoir comme un tyran[7]. En l’espèce, il se laisse prendre par son orgueil et sa haine. Il ne respecte plus les deux qualités évoquées pas Saint Thomas D’Aquin. Cet acte conduit a la dégradation de la Citée c’est-à-dire au désordre comme l’a prédit Saint Thomas D’Aquin. En cela, il parait nécessaire d’exercer un contrôle sur le pouvoir .D’ailleurs, selon le philosophe Alain «un pouvoir sans contrôle rend fou ». Le pouvoir tend toujours à s’étendre à s’étendre plus et verser dans l’abus de pouvoir. Ainsi, il doit exister des contre-pouvoirs. En l’espèce on peut se référer à la théorie de la séparation des pouvoirs de Montesquieu. Chaque pouvoir doit être indépendant pour garantir la modération du pouvoir et par de là de la liberté du citoyen. Le peuple peut également être qualifier de contre-pouvoir notamment quand il est libre d’évaluer l’autorité soit en la sanctionnant soit en exprimant son accord.
B’) LES DECLINAISONS DE LA MISSION DE SERVICE DE LA COMMUNAUTE
Tout d’abord, la mission de service du pouvoir se décline dans la volonté de créer une Citée juste. L’expression de cette finalité découle d’une part de l’alliance mesurée entre la morale et la politique. En effet, contrairement à la théorie de la raison d’Etat de Machiavel, la raison et la politique sont réelles. Selon Saint-Thomas d’Aquin, la raison de l’homme doit guider sa volonté dans toutes ses actions sociales. En cela, il doit choisir les moyens adéquats, les objectifs moraux et le bien commun de la communauté. Dieu a donné la capacité aux hommes de connaître le bien et de le rechercher même s’ils sont sujets à l’erreur. Cela explique par le fait que même si la raison n’a pas été altérée par le pêché originel, la volonté de l’homme s’est trouvée affaiblie. Certes l’homme peut connaître le bien par lui-même mais il a besoin d’aide supérieur. En ce sens, les valeurs humaines ne sont pas altérées par la révélation d’autre de niveau supérieure. Au contraire, le raisonnement naturel des hommes est amélioré dans une certaine mesure pour favoriser la construction d’une communauté presque parfaite. Cela permet de reconnaître une sphère naturelle des valeurs rationnelles et éthiques applicables à l’ensemble des hommes. La loi de la nature est l’incarnation de cette justice fondée sur la raison. L’homme est donc guidé vers le chemin de la réalisation de son objectif premier du fait qu’il freine son désir de dominer pour servir la communauté. Le pouvoir de n’est pas seulement la capacité à contraindre, c’est aussi la capacité à faire, à créer et à œuvrer pour le bien de la communauté. Le pouvoir est intrinsèque à la transmission de la connaissance.
Le pouvoir doit œuvrer à la réalisation de l’homme comme être de raison autonome tant au niveau de la pensée que de l’action. Cela s’explique par le fait que le pouvoir doit avoir la capacité d’orienter les individus vers une volonté commune de en vue du bien commun. Le pouvoir doit donc rechercher le bien de tous, incarner la raison, l’universel contre la violence, l’arbitraire et les intérêts qui nient l’idée de l’exercice du pouvoir sans avoir l’esprit de la domination.
Ensuite, selon Saint Thomas D’Aquin, le pouvoir doit être utilisé dans un but désintéressé. L’exercice du pouvoir pour servir exige la gratuité. Cette idée de gratuité signifie que le pouvoir coïncide avec l’absence de profit personnel excessif. Le détenteur du pouvoir ne doit pas rechercher à assouvir ses propres intérêts dans un but égoïste. Saint Thomas D’Aquin montre cette condition en se référant à Saint Augustin. Pour ces auteurs, la volonté de servir doit être naturelle et dépasser le désir propre de dominer en vue du bien commun. Au contraire, si le détenteur du pouvoir ne surmontait pas ses aspirations mauvaises cela irait à l’encontre des principes de Saint Thomas D’Aquin. Toutefois, le fait de mettre en avant ses propres biens dans un but désintéressé contribue à conduire la société vers le bien commun. Le bien commun suppose qu’il s’opère une division du travail au sein de la communauté. Saint Thomas d’Aquin constate que la possession des choses est naturelle. Il admet la propriété privée. D’ailleurs, selon lui sauvegarder la société consiste à maintenir son unité et d’assurer le bien commun. Saint Thomas D’Aquin affirme le principe de solidarité et de subsidiarité qui induit l’engagement réciproque de la société et du pouvoir puisque chaque élément est affecté à une tâche.
Cet objectif dépend de la coexistence et de l’association des fins propres aux individus. Selon Saint Thomas D’Aquin, les biens propres suivent le mme chemin que le bien commun et conduisent au Bien Final. Cela favorise le bien et le bonheur de tous puisque vivre ensemble suppose de collaborer avec autrui et dépend de la vertu humaine pour connaître le vrai. En l’espèce, Saint Thomas D’Aquin croit en la morale et l’éthique des individus recherchant leur salut et se veulent conformes à la représentation de Dieu, à exécuter la volonté divine pour leur salut et pour atteindre la vie éternelle. La propriété privée est limitée par la nécessité naturelle et morale en vue de sauvegarder la liberté, l’égalité des individus.
E n conclusion, le pouvoir peut s’assimiler au double visage du Dieu Janus puisque l’ambivalence de ce concept nous montre qu’il peut autant être utiliser pour servir que dominer.
[3] Le pouvoir est dans le peuple et l’autorité dans le Sénat.